Petal, le câble sous-marin de Meta qui promet 1 pétabit par seconde entre la France et les États-Unis
Un câble de 7 000 km, deux cœurs par fibre, et une capacité qui doublerait tout ce qui existe aujourd'hui sur une distance transocéanique. Derrière l'exploit technique de Meta, une question plus large : qui possède vraiment les tuyaux par lesquels passe ton trafic internet.
Sommaire7
- Un chiffre qui ne veut rien dire, jusqu'à ce qu'on le pose à côté d'un autre
- Le tour de passe-passe : doubler les cœurs plutôt que les fibres
- Qui construit quoi : trois entreprises, un seul projet
- Ce qu'aucune source ne précise encore
- Un maillon de plus dans une stratégie déjà ancienne chez Meta
- Ce que ça change, très concrètement
- Sources
Un chiffre qui ne veut rien dire, jusqu'à ce qu'on le pose à côté d'un autre
1 pétabit par seconde. Écrit comme ça, le chiffre ne raconte rien à personne. Alors prenons la comparaison que Meta donne elle-même, rapportée par Numerama : ce débit suffirait pour que 75 % de la population mondiale écoute de la musique en streaming en même temps. C'est le genre de comparaison qui aide à visualiser, même si elle vient de l'entreprise qui a tout intérêt à impressionner.
Le 21 septembre 2026, Meta a présenté Petal, un câble sous-marin de 7 000 km qui doit relier la côte atlantique française aux États-Unis d'ici 2029. Next et Numerama couvrent l'annonce le même jour, avec des angles qui se complètent plutôt qu'ils ne se répètent : là où Next s'attarde sur la prouesse technique de la fibre à deux cœurs, Numerama replace le projet dans la course que se livrent les géants du web pour posséder leurs propres tuyaux sous l'océan.
Le tour de passe-passe : doubler les cœurs plutôt que les fibres
Pour comprendre ce qui change vraiment, il faut revenir à la façon dont on construit un câble sous-marin depuis toujours : on empile des paires de fibres optiques, et chaque paire transporte sa part de trafic. Plus on veut de débit, plus on ajoute de fibres. Le problème, c'est que chaque fibre approche une limite physique de capacité, ce que les deux articles appellent la limite de Shannon.
Meta contourne le problème autrement : au lieu d'ajouter des fibres, elle double le nombre de cœurs à l'intérieur de chaque fibre. Next précise que le brin garde un diamètre standard de 125 μm, celui d'un cheveu, mais qu'il contient désormais deux canaux de transmission au lieu d'un. Avec 24 paires de fibres à deux cœurs, Meta explique obtenir l'équivalent de 48 paires classiques, sans changer la taille physique du câble.
Les deux sources insistent sur le même point : la technologie des fibres multicœurs n'est pas une invention de Meta. Next le rappelle explicitement, il existe déjà des fibres à plusieurs cœurs en laboratoire, parfois des dizaines. Numerama cite même une expérience du NICT japonais et de Sumitomo qui a atteint 1,02 Pbit/s sur 1 808 km avec une fibre à 19 cœurs, dès 2025. Ce que revendique Meta, c'est l'industrialisation du procédé à l'échelle d'un vrai câble transocéanique opérationnel, pas la performance en laboratoire.
Qui construit quoi : trois entreprises, un seul projet
Le projet Petal repose sur une répartition claire des rôles, que Numerama détaille précisément. NEC, l'industriel japonais, construit et installe le système. Sumitomo Electric fabrique la fibre elle-même. Orange, de son côté, prend en charge l'atterrissement sur les côtes françaises et le raccordement au réseau européen — une expertise, pas une fabrication.
Ce détail mérite d'être souligné parce qu'il dit quelque chose du paysage industriel actuel. Numerama rappelle que la construction de câbles sous-marins reste l'affaire d'un tout petit nombre d'acteurs dans le monde : l'américain SubCom, le japonais NEC, et le français Alcatel Submarine Networks, dont l'État français a racheté 80 % à Nokia fin 2024. Pour Petal, Meta a choisi le japonais NEC. La France accueillera donc le câble le plus rapide du monde, mais la technologie clé qui le fait fonctionner vient d'ailleurs.
Ce qu'aucune source ne précise encore
Les deux articles s'accordent sur les grandes lignes du projet, mais laissent plusieurs questions ouvertes, et c'est important de le dire plutôt que de faire semblant de savoir. Numerama liste explicitement ce qui reste flou : combien coûtera le projet, où exactement le câble touchera-t-il le sol français, et surtout quelle part de cette capacité gigantesque sera revendue aux opérateurs télécoms plutôt que gardée pour l'usage interne de Meta.
Cette dernière question n'est pas anodine. Historiquement, les câbles sous-marins étaient financés par des consortiums d'opérateurs télécoms qui se partageaient la capacité et faisaient transiter le trafic mondial. Numerama note qu'aujourd'hui, les géants du web préfèrent posséder leurs propres câbles plutôt que louer de la capacité à d'autres, notamment pour privilégier leurs propres services. Google reste largement devant sur ce terrain, avec 16 câbles dont il est seul propriétaire, contre 3 pour Meta début 2025 — un rapport de force que Petal viendrait rééquilibrer un peu, sans le renverser.
Un maillon de plus dans une stratégie déjà ancienne chez Meta
Petal ne sort pas de nulle part. Numerama retrace l'historique : Meta avait déjà co-construit Marea avec Microsoft en 2017, entre Bilbao et Virginia Beach, puis lancé Amitié, Anjana et 2Africa. L'entreprise prépare aussi un projet bien plus vaste, Project Waterworth, un câble de 50 000 km qui doit faire le tour du globe. Petal s'inscrit donc dans une accumulation d'infrastructures physiques que la plupart des utilisateurs de Facebook ou Instagram ignorent complètement.
La comparaison avec Anjana, le câble précédent de Meta, donne une idée de la progression revendiquée : Anjana affiche 0,5 Pbit/s sur 24 paires de fibres, Petal viserait le double sur le même nombre de paires, grâce uniquement au passage à deux cœurs par fibre. Face à la concurrence, Numerama cite aussi Dunant, le câble de Google mis en service en 2020, qui plafonne à 250 Tbit/s sur 12 paires — quatre fois moins que ce que promet Petal.
Ce que ça change, très concrètement
Il faut être honnête sur l'horizon temporel : la mise en service est annoncée pour 2029, et comme le rappelle Numerama, il faudra attendre cette date pour vérifier que les promesses de Meta tiennent dans un réseau réel, et pas seulement dans un communiqué de presse. Rien de ce que décrit Petal ne change quoi que ce soit à ta connexion aujourd'hui.
Ce qui est déjà certain, en revanche, c'est la trajectoire : environ 99 % du trafic intercontinental mondial passe par des câbles sous-marins, et une part croissante de ces câbles n'appartient plus à des consortiums d'opérateurs mais à une poignée d'entreprises américaines qui les construisent pour leurs propres besoins. Pour un utilisateur ou une petite structure en Afrique francophone, la connexion à l'international continuera de dépendre d'opérateurs comme Orange qui négocient l'accès à ces infrastructures — mais le nombre d'acteurs qui décident où et comment ces câbles se posent continue de se réduire à quelques géants du web.
La France, elle, gagnera un point d'atterrissage pour ce qui serait le câble le plus rapide du monde. Reste à savoir, comme le note Numerama, où précisément, à quel prix, et pour qui.
Sources
Petal de Meta : 1 000 Tb/s entre les États-Unis et la France grâce à des fibres à deux cœurs — Next, 2026-09-22
Meta va relier la France et les États-Unis avec un câble sous-marin à 1 pétabit par seconde, un record absolu — Numerama, 2026-09-22
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